Dans le paysage automobile actuel, où les plateformes modulaires de l’ère Stellantis uniformisent les sensations de conduite, l’Alfa Romeo Tonale fait figure de résistant. Apparu avec la lourde tâche de relancer la marque milanaise, il ne repose pas sur les soubassements d’un Peugeot 3008, mais bien sur une base technique héritée de l’ancien groupe FCA, partagée avec le Jeep Compass 2. En 2026, ce choix technique lui confère une personnalité atypique. Mais alors que le design chez Alfa s’apprête à vivre une révolution sous l’impulsion de Gilles Vidal, ce Tonale restylé parvient-il encore à faire vibrer la corde sensible ? Nous avons pris le volant de la version Ibrida 175 ch en édition de lancement Sport Speciale pour le vérifier.
L’essai complet en vidéo
Présentation : Une chirurgie esthétique dictée par la loi

Le style du Tonale a toujours été un sujet de discussion passionné. Moins élancé qu’une Giulia, il assume un profil plus compact, presque « tassé » sur ses roues. Ce restylage apporte toutefois des modifications notables, principalement sur la face avant. Le bouclier a été entièrement redessiné, intégrant une nouvelle calandre et des prises d’air élargies, ce qui a permis de réduire le porte-à-faux avant tout en élargissant les voies pour une assise plus musclée.
L’évolution la plus frappante et la plus clivante pour les Alfistes est le déplacement de la plaque d’immatriculation. Historiquement déportée sur le côté, elle trône désormais au centre. Ce n’est pas un choix esthétique, mais une contrainte réglementaire européenne liée à la protection des piétons et à l’emplacement des radars.
Notre modèle d’essai, habillé du superbe Rouge Alfa, profite de la dotation Sport Speciale. Elle se distingue par un kit carrosserie noir intégral, des étriers de freins Brembo noirs arborant la signature Alfa Romeo en blanc, et surtout les magnifiques jantes de 20 pouces Fiori chaussées de pneumatiques Bridgestone Turanza.
À bord : L’héritage FCA entre sportivité et nostalgie

Passer de l’extérieur à l’intérieur, c’est faire un bond entre deux mondes. L’ambiance Alfa est immédiatement perceptible, notamment grâce aux sièges baquets en Alcantara noir et blanc, spécifiques à cette série Sport Speciale. Ils offrent un maintien parfait et une touche de luxe indéniable. L’élément qui ravit le conducteur reste sans conteste les énormes palettes en aluminium fixe derrière le volant. Froides au toucher, précises, elles sont le symbole même de la sportivité à l’italienne.
Le restylage a permis de moderniser la console centrale. L’encombrant levier de vitesses disparaît au profit d’un sélecteur rotatif plus aérien, libérant de l’espace. Face au conducteur, l’écran de 12,3 pouces propose un affichage « rétro » rendant hommage aux compteurs des années 60, une touche de nostalgie particulièrement réussie. L’écran central de 10,25 pouces, bien que plus petit que chez certains concurrents, s’intègre harmonieusement à la planche de bord sans la dénaturer.
Cependant, tout n’est pas parfait. Le poids des années se fait sentir sur certains matériaux. Si la casquette de bord est moussée, son grain rappelle les plastiques d’une autre époque. Sur les contreportes, le plastique dur domine et le design manque de la modernité que l’on attend d’un véhicule visant le segment premium en 2026.
À l’arrière, l’habitabilité est généreuse pour deux adultes, bien que le tunnel central rappelle la base technique 4×4 du châssis. Le coffre, avec ses 500 litres, se situe dans la bonne moyenne du segment, le seuil de chargement est un peu haut mais il profite d’un hayon motorisé de série sur notre version.
Au volant : Un châssis qui méritait mieux

C’est sur la route que le Tonale révèle sa dualité. Contrairement à beaucoup de concurrents qui succombent au 3 cylindres, Alfa conserve ici un 4 cylindres 1,5L dont la sonorité, bien que discrète, reste plaisante lors des montées en régime. L’ensemble développe une puissance de 175 ch (à 5750 tr/mn) pour un couple de 240 Nm. Associé à une boîte automatique TCT à 7 rapports, ce groupe motopropulseur permet à ce SUV affichant 1525 kg sur la balance d’abattre le 0 à 100 km/h en 8,5 secondes. Des performances largement suffisantes pour s’insérer, doubler et s’autoriser une conduite dynamique. Le système hybride 48V de 0,77 kWh est d’une transparence totale. Les ingénieurs ont réussi à gommer le ressenti parfois artificiel de la régénération au freinage pour offrir une sensation de conduite proche d’un véhicule 100 % thermique.
Le châssis est le point fort de cet essai. Le Tonale est joueur, précis et encaisse les changements d’appui avec une agilité surprenante pour un SUV de 1525 kg. Le freinage, confié à Brembo, offre un mordant rassurant. Le confort, bien que ferme (surtout avec les jantes de 20 pouces), reste tout à fait acceptable au quotidien, sans vibrations parasites sur routes dégradées.
Malheureusement, ce tableau dynamique est terni par deux défauts majeurs. D’abord, la direction. Elle est extrêmement légère, manquant cruellement de consistance et de remontée d’informations, même en mode « Dynamic ». On a l’impression de diriger une mini-citadine plutôt qu’une Alfa sportive. Ensuite, la boîte à double embrayage (TCT 7) souffre de latences inexplicables. Lors d’un kickdown pour s’insérer sur autoroute, il peut s’écouler jusqu’à 2 secondes avant que la puissance ne soit délivrée. Un défaut qui oblige à reprendre la main via les palettes pour anticiper les manœuvres.
Budget : Le prix de l’exclusivité
Affiché à partir de 41 000 €, le Tonale débute avec une dotation déjà sérieuse. Cependant, notre version Sport Speciale Ibrida 175 franchit la barre des 50 000 €. À ce tarif, il se positionne à la lisière entre les SUV généralistes (comme le 3008) et les premiums (BMW X1, Audi Q3).
Mais à ce niveau de prix, on attend forcément un certain niveau de sensation de conduite et une présentation intérieure plus soignée. Et c’est là que le Tonale peut diviser.
Côté consommation, le bilan est positif. En conduite dynamique sans chercher l’économie, nous avons relevé 9 L/100 km. En adoptant une conduite plus apaisée, il est aisé de descendre sous la barre des 7 L/100 km, ce qui est très correct pour un SUV essence de cette puissance.

