Au fil des années, j’ai eu l’opportunité d’essayer une grande partie du catalogue Mazda et j’ai rarement été déçu. Pourquoi ? Parce que Mazda a toujours suivi sa propre voie. Là où l’industrie s’engouffrait dans le downsizing massif avec de petits moteurs trois cylindres turbo poussifs, la marque persistait avec de vrais quatre cylindres, voire des blocs de 2,2 litres de cylindrée, prouvant qu’une grosse cylindrée bien gérée offrait des consommations réelles surprenantes. Mais le vent tourne. Aujourd’hui, le paysage automobile impose l’électrification et force est de constater que Mazda accusait un certain retard. Pour réagir, la marque a noué un partenariat stratégique avec le constructeur chinois Changan. La question qui brûle les lèvres de tous les passionnés est simple : cette Mazda 6e conserve-t-elle son âme et ses qualités de fabrication maison, ou a-t-elle perdu son ADN japonais en chemin ? C’est ce que nous allons vérifier ensemble.
L’essai complet en vidéo
Présentation : Le triomphe du style Kodo sur la plateforme partagée

Au premier regard, le doute n’est pas permis : l’esprit Kodo, l’âme du mouvement, est bel et bien présent. Mazda a réussi l’exercice périlleux d’habiller une plateforme partagée avec une robe qui lui est totalement propre. On retrouve cette pureté des lignes, ce travail méticuleux sur les reflets de carrosserie et cette face avant très verticale qui impose le respect. La calandre, bien que pleine pour favoriser l’aérodynamisme nécessaire à un véhicule électrique, conserve la signature visuelle des modèles thermiques avec un cerclage chromé élégant qui vient souligner des optiques acérées. C’est une réussite visuelle indéniable.
Pourtant, quelques détails trahissent sa nature technique moderne et son héritage issu de la collaboration avec Changan. Les poignées de porte affleurantes, désormais indispensables pour l’efficience aérodynamique, ou encore ces jantes massives au flasque travaillé en témoignent. Le profil est celui d’une grande berline fluide, très élancée, qui semble étirée par le vent. Cette élégance statutaire évite de tomber dans le piège du look gadget que l’on observe trop souvent sur le segment des véhicules électriques. À l’arrière, le contraste est saisissant avec des formes plus arrondies et une signature lumineuse horizontale ponctuée par quatre optiques cylindriques, un hommage direct au patrimoine stylistique de la marque. La pièce maîtresse reste le becquet arrière électrique rétractable qui apporte une touche de sportivité bienvenue. Enfin, on remarque le nouveau lettrage Mazda qui remplace désormais le logo traditionnel sur la malle arrière, marquant une nouvelle identité visuelle. Esthétiquement, le contrat est rempli : la Mazda 6e ne ressemble à aucune autre berline chinoise du marché.
À bord : Un bond dans le futur sans oublier la qualité perçue

Quand on s’installe à bord de cette Mazda 6e, l’effet de surprise est garanti. La présentation intérieure est une véritable réussite, mêlant matériaux de haute qualité et assemblages sans reproche. Durant mon essai, aucun bruit parasite ne s’est fait entendre, même sur des revêtements dégradés, ce qui confirme le soin apporté à la construction. Notre modèle d’essai en finition Takumi propose une sellerie synthétique très convaincante, avec un dessin soigné et des inscriptions Mazda sur les dossiers. Les écopes sous les appuis-tête apportent un réel cachet sportif. Dans cette configuration Deep Crystal Blue avec intérieur clair, l’habitacle respire la sérénité et le luxe discret.
La planche de bord reste épurée, fidèle à l’architecture Mazda, avec un dessin à double étage qui évite les formes tourmentées. Le volant, agréable à prendre en main, offre des méplats en partie supérieure, même si son amplitude de réglage pourra sembler réduite pour certains. Les sièges électriques, de série pour le conducteur et le passager, permettent de trouver une position idéale. Derrière le volant, un véritable tableau de bord numérique affiche clairement les informations essentielles, complété par un affichage tête haute très sécurisant. Les rangements sont généreux, avec une console centrale à double étage réfrigérée, un chargeur à induction pour smartphone et des porte-gobelets bien pensés. On regrettera simplement le placement peu pratique des ports USB en partie basse de la console, difficiles d’accès une fois en route.
L’immense écran central de 14,6 pouces est le centre névralgique de la voiture. S’il s’éloigne des habitudes de la marque, il propose des raccourcis personnalisables pour la climatisation ou la ventilation des sièges. La navigation dans les menus peut s’avérer fastidieuse au début tant les réglages sont nombreux, mais un propriétaire finira par intégrer l’ergonomie en quelques jours. On y trouve des fonctionnalités originales comme le haut-parleur extérieur pour projeter sa musique aux passants lors des manœuvres, ou d’autres plus gadget comme la reconnaissance gestuelle pour déclencher des selfies via la caméra intérieure. Attention toutefois aux traces de doigts sur cette dalle tactile qui devient parfois moins réactive avec l’accumulation de poussière.

À l’arrière, l’espace est royal pour les jambes, même si le plancher haut typique des plateformes électriques impose une position des genoux un peu relevée pour les adultes. Le volume de coffre, situé entre 337 et 1074 litres, n’est pas le meilleur de la catégorie à cause de la ligne de toit fuyante, mais il profite d’un hayon motorisé très pratique. En bonus, un coffre avant de 72 litres permet de loger facilement les câbles de recharge.
Au volant : Une routière sereine portée par l’efficience
La Mazda 6e se décline en deux offres. La première, celle de notre essai, embarque une batterie LFP de 68,8 kWh pour une puissance de 258 ch, tandis que la version grande autonomie utilise une batterie NCM de 80 kWh pour 245 ch. Paradoxalement, c’est la « petite » batterie qui offre la puissance de recharge la plus élevée avec 165 kW en pointe, rendant la version 80 kWh moins attractive pour les gros rouleurs à cause de sa recharge limitée à 90 kW. Sur la route, la visibilité avant est excellente, bien que la lunette arrière soit réduite par la forme du hayon et la présence de l’aileron mobile. Les commandes sont regroupées sur des commodos façon Mercedes, ce qui libère de l’espace sur la console. En l’absence de commande de phare, il faudra personnaliser les boutons favoris du volant pour pouvoir les actionner facilement en cas de pluie.

À conduire, cette Mazda 6e est une véritable berline routière taillée pour les kilomètres. La direction est agréable, offrant une fermeté réglable via les modes de conduite Normal, Sport ou Individuel. Ce dernier mode est particulièrement pratique car il reste mémorisé au redémarrage, évitant ainsi des manipulations fastidieuses à chaque départ. Les 258 chevaux permettent des accélérations franches et le poids de deux tonnes est globalement bien masqué par un châssis équilibré. L’insonorisation est de haut vol, les bruits de roulement étant parfaitement maîtrisés. C’est un véhicule extrêmement reposant au quotidien.
Le confort est préservé grâce à l’utilisation de jantes de 19 pouces, Mazda ayant eu la sagesse de ne pas succomber à la mode des roues géantes de 20 ou 21 pouces qui dégradent souvent le filtrage. Les pneus Michelin E-Primacy assurent un comportement sain, même s’il faut rester vigilant avec cette propulsion sur chaussée grasse. On ne retrouve cependant pas le dynamisme d’une Mazda traditionnelle. Le freinage est efficace mais son ressenti un peu spongieux en fin de course peut compliquer le dosage lors des manœuvres délicates. Concernant les aides à la conduite, l’alerte de dépassement de vitesse est discrète et peu agaçante, ce qui est rare de nos jours. En revanche, la lecture des panneaux souffre de lacunes sur le réseau européen, le système affichant parfois des limitations d’aires de repos sur l’autoroute, ce qui perturbe le fonctionnement de l’autopilote. L’aide au maintien dans la file est également un peu trop brutale dans ses corrections, provoquant des mouvements de caisse désagréables si l’on tente de contrer le volant.

Côté consommation, le bilan est flatteur. Sur autoroute à 130 km/h, nous avons obtenu une moyenne tournant autour de 19 kWh/100 km, ce qui autorise une autonomie réelle d’environ 350 à 370 kilomètres. En usage urbain ou périurbain, la consommation chute drastiquement pour atteindre les 15 kWh. Sur l’ensemble de notre essai, la moyenne s’établit à 17,7 kWh, un chiffre excellent qui souligne le travail des ingénieurs sur le SCx de 0.6. Concernant la recharge, si le plafond de 165 kW n’a pas été tout à fait atteint avec une pointe réelle à 158 kW, le temps de passage de 20 à 80 % reste correct, aux alentours de 20 minutes dans des conditions idéales de température. Au-delà de 80 %, la puissance chute lourdement à 14 kW en moyenne, rendant la fin de charge peu intéressante sur borne rapide.
Budget : Une proposition agressive face au classicisme européen
C’est sur le plan financier que la Mazda 6e abat sa carte maîtresse. Disponible à partir de 42 900 euros en finition Takumi, elle offre un niveau d’équipement pléthorique pour un tarif très compétitif. Pour 2 000 euros de plus, la finition Takumi Plus ajoute le cuir Nappa, le volant bicolore et le store électrique pour le toit panoramique. La dotation est complète, seules quelques accessoires peuvent être ajoutés en supplément. Face aux concurrentes allemandes souvent austères et nécessitant des milliers d’euros d’options pour égaler ce niveau de confort, la Mazda se pose en alternative de choix pour les cadres ou les flottes d’entreprises.

