Le lancement du Suzuki e-Vitara représente un tournant stratégique majeur pour le constructeur d’Hamamatsu. Ce modèle est d’autant plus crucial qu’il constitue le premier véhicule 100 % électrique (BEV) de la marque à l’échelle mondiale. Reconnu pour son pragmatisme et la robustesse de ses productions, Suzuki aborde ce virage technologique sans demi-mesure. Plutôt que de convertir un châssis thermique existant, la marque a fait le choix de repartir d’une feuille blanche avec une plateforme totalement inédite, baptisée HEARTECT-e. Nous avons pris le volant de la version la plus performante de la gamme, dotée de la batterie de 61 kWh et de la transmission intégrale ALLGRIP-e, afin de déterminer si l’esprit d’aventure de la lignée Vitara survit à cette transition énergétique.
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Présentation : Une architecture optimisée pour l’aventure

Le Suzuki e-Vitara n’est pas qu’un simple nouveau venu dans la gamme ; il incarne une philosophie que Suzuki nomme « Emotional Versatile Cruiser ». L’objectif est de projeter une image à la fois technologique et rassurante. Sous cette carrosserie au thème « High-Tech & Adventure », tout est nouveau. La plateforme HEARTECT-e, développée exclusivement pour les véhicules électriques, permet de modifier radicalement les proportions du SUV. Malgré une longueur contenue de 4 275 mm, l’empattement s’étire sur 2 700 mm, offrant des porte-à-faux très courts qui profitent à la fois au style et à l’habitabilité. Avec ses roues de grand diamètre repoussées aux quatre coins, le véhicule affiche une posture musclée.
Cette plateforme a été pensée pour maximiser l’espace dédié aux batteries lithium-fer-phosphate (LFP) tout en garantissant une protection haute tension optimale. Fidèle à son héritage, le e-Vitara conserve une garde au sol généreuse de 180 mm et un rayon de braquage court de 5,20 mètres, ce qui nous promet une agilité réelle en milieu urbain comme sur les chemins de traverse. Le design extérieur, avec ses lignes spectaculaires, annonce une modernité aventureuse que nous avons eu hâte de confronter à la réalité de l’usage.
À bord : Robustesse Suzuki et modernité ergonomique

Une fois installés à bord du e-Vitara, nous ne sommes pas dépaysés. Le constructeur a su marier la robustesse traditionnelle de ses habitacles avec une modernité numérique bienvenue. L’ergonomie reste le point fort de cet intérieur, nous n’avons pas eu l’impression d’être aux commandes d’un engin complexe. La finition est fidèle aux standards de la marque : nous retrouvons certes des plastiques durs, mais l’ensemble est solide et les assemblages sont de qualité prêts à résister dans le temps. Nous n’avons noté aucun bruit parasite durant notre parcours. La finition Style de notre modèle apporte un bandeau marron cuivré sur la planche de bord qui égaye un habitacle autrement très sombre.
Nous avons toutefois quelques réserves sur la console centrale en plastique noir laqué, très sensible aux traces de doigts et aux rayures. Face à nous, deux écrans sont reliés d’un seul tenant. Le tableau de bord numérique est moderne et permet d’afficher la navigation ou la consommation de manière très lisible. Les menus du système multimédia sont peu nombreux et simple d’accès, nous apprécions particulièrement les commandes physiques conservées pour la climatisation. En revanche, nous avons trouvé la position de conduite un peu haute pour les grands gabarits, même avec le siège réglé au minimum.
L’espace à l’arrière est généreux pour les jambes grâce à l’empattement long, même si le plancher haut impose de relever légèrement les genoux. La modularité est présente avec une banquette coulissante et des dossiers inclinables. Cependant, la garde au toit s’avère limitée pour les passagers de plus d’un mètre quatre-vingt-dix. Le coffre reste le point faible de ce modèle : avec un volume de seulement 238 à 310 litres en configuration 5 places, il est petit pour la catégorie. Une fois la banquette rabattue, nous disposons de 1 052 litres. Notez qu’aucun coffre n’est disponible sous le capot avant, la mécanique y occupant tout l’espace.
Au volant : Sécurisant mais gourmand

Sous le plancher, Suzuki propose deux capacités de batterie : 48 kWh ou 61 kWh, toutes deux utilisant la technologie LFP. Notre version AllGrip-e de 61 kWh dispose de deux moteurs électriques (eAxle) : un bloc de 128 kW à l’avant et un de 48 kW à l’arrière. La puissance totale atteint 184 ch (135 kW) pour un couple maximum de 307 Nm (193 Nm à l’avant et 114 Nm à l’arrière). À conduire, ce e-Vitara est agréable. Nous avons trouvé la direction assez ferme avec un bon ressenti. L’insonorisation est correcte, bien que les bruits de roulement des jantes de 19 pouces soient audibles sur certains revêtements.
Les performances sont franches avec un 0 à 100 km/h abattu en 7,4 secondes (contre 8,7 secondes pour la version 2 roues motrices). Cependant, nous avons ressenti le poids du véhicule, situé entre 1 860 et 1 899 kg selon la finition. Le comportement routier est excellent et sécurisant grâce à la transmission intégrale, particulièrement par temps pluvieux. Le e-Vitara s’est montré globalement confortable sur long trajets, Nous avons toutefois noté une différence de confort entre les deux essieux à basse vitesse : si l’avant (MacPherson) est souple sur les dos d’âne, l’arrière (Multibras) réagit avec une certaine sécheresse, presque utilitaire.
La gestion de la régénération nous a déçus : pour changer l’intensité du frein moteur, il faut passer par l’écran multimédia et être obligatoirement à l’arrêt. C’est totalement contre-intuitif. Pourtant, les aides à la conduite, elles, peuvent se désactiver rapidement via une touche personnalisable depuis le volant. Nous avons été convaincus par l’autopilote très bien calibré et la motricité en mode Trail sur les chemins. Le sujet le plus critique reste la consommation : nous avons relevé des moyennes élevées, entre 17 et 27 kWh selon les conditions. Sur autoroute à 130 km/h, nous étions au-dessus de 22 kWh, ce qui réduit l’autonomie réelle sous les 300 km. La recharge rapide nous a également laissés sur notre faim, avec une puissance plafonnant à 63 kW et une moyenne sous les 55 kW sur différentes bornes testées. Un inconvénient de taille pour les longs trajets.
Budget : Un rapport prix-équipement agressif

Suzuki reste fidèle à son image de marque accessible. Bien que produit en Inde et donc privé de bonus écologique, le e-Vitara bénéficie d’une remise immédiate de 4 000 € offerte par la marque. Avec un prix de base de 32 500 €, le ticket d’entrée réel tombe à 28 500 €. Notre modèle d’essai Style AllGrip de 61 kWh s’affiche à 40 800 €, soit 36 800 € remise déduite. À ce tarif, nous disposons d’un SUV 4×4 électrique complet, là où la concurrence européenne ou coréenne propose souvent de simples tractions pour des budgets supérieurs à 40 000 €.
C’est un choix pragmatique pour ceux qui ont besoin de quatre roues motrices sans vouloir dépenser des sommes folles dans des finitions sportives. Si nous acceptons les compromis sur la vitesse de charge et les consommations, le e-Vitara se positionne comme l’une des offres les plus intelligentes du segment pour les familles vivant en zones rurales ou montagneuses.
