Renault 21 Turbo, Safrane Baccara Biturbo. Il fut une époque bénie où le constructeur au Losange osait proposer des familiales à très haute performance. Aujourd’hui, la marque affirme vouloir renouer avec cet héritage prestigieux. Son arme de conquête se nomme le Renault Rafale, présenté ici dans sa déclinaison la plus aboutie et la plus puissante jamais produite. Sur le papier, la fiche technique de cette version 2026 a de quoi séduire les amateurs d’ingénierie automobile : une puissance cumulée de 300 ch, quatre roues motrices et directrices, une suspension pilotée prédictive et une mise au point spécifique réalisée dans les ateliers d’Alpine. La promesse est alléchante, mais une question cruciale subsiste avant de prendre la route : un imposant SUV hybride rechargeable flirtant allègrement avec la barre des 2 tonnes sur la balance peut-il réellement défier les lois de la physique et offrir un tempérament sportif digne du A fléché ?
Notre essai complet en vidéo
Présentation
Avec ses 4,71 m de long, sa largeur de 1,86 m et ses épaules très marquées, ce grand SUV coupé affiche une silhouette indéniablement racée. Il s’inscrit sans conteste dans la catégorie des SUV sportifs de segment D. Le véhicule dégage une identité visuelle forte, magnifiée sur notre modèle d’essai par une superbe teinte Bleu Sommet satin. Il s’agit d’une option exclusive facturée 2 200 €, rigoureusement réservée à cette finition Atelier Alpine.
À l’avant, le regard est irrémédiablement capté par une calandre minutieusement travaillée. Elle est constituée d’une multitude de petits losanges en trois dimensions, dont le fond bleuté change subtilement d’aspect selon l’angle de vision. Le look résolument musclé est renforcé à l’arrière par un béquet spécifique de couleur noir étoilé. Ce dernier surplombe des feux très originaux qui s’inspirent des jeux graphiques chinois du tangram et dévoilent un étonnant effet « glaçon flottant » lorsqu’ils sont éteints.
De profil, la différence de traitement esthétique avec le reste de la gamme saute aux yeux. Fini les roues de 20 pouces de la version Esprit Alpine, nous passons ici sur d’imposantes jantes Chicane de 21 pouces. Celles-ci sont chaussées de pneumatiques Continental Sport Contact 7 en dimensions 245/40/21 afin de maximiser le grip sur le bitume et de transmettre efficacement la cavalerie. Mais l’Atelier Alpine ne se résume pas à un simple kit carrosserie expressif. Il s’agit avant tout d’un châssis dédié, intégralement peaufiné par les experts d’Alpine Cars. La botte secrète de cette ingénierie réside dans l’intégration d’une suspension pilotée intelligente, capable de lire la route en temps réel grâce à une caméra prédictive. Du matériel très lourd techniquement, qui installe de fait de hautes attentes sur le comportement dynamique.
À bord
En s’approchant de ce Renault Rafale Atelier Alpine, un détail distinctif attire immédiatement le regard depuis l’extérieur : le logo Alpine rétroéclairé implanté sur les dossiers des sièges avant. Cette signature lumineuse, qui s’anime tel un battement de cœur, permet de reconnaître cette version du premier coup d’œil. À l’ouverture de la porte, l’accueil est assuré par une superbe sellerie associant du textile et de l’Alcantara recyclé perforé. On observe un fond bleu à travers les perforations des dossiers et de magnifiques surpiqûres tricolores bleu, blanc, rouge. Des détails très flatteurs qui apportent une réelle personnalité à l’habitacle.
L’installation aux places avant s’effectue aisément. On trouve instantanément une position de conduite idéale grâce aux multiples réglages électriques, complétés par une amplitude de réglage du volant très étendue. Les sièges typés sport disposent de renforts latéraux très prononcés qui promettent un excellent maintien en courbe. L’ambiance fait face à une planche de bord relativement massive, soulignant le caractère robuste assumé du SUV. Le modernisme est assuré par la grande dalle numérique en forme de L, légèrement orientée vers le conducteur, regroupant le tableau de bord et le système multimédia.
Concernant les matériaux, le bilan est globalement positif. L’assemblage est rigoureux, rien ne bouge ni ne craque sous la pression. La partie haute de la planche de bord reçoit un plastique moussé de bonne facture, associé à un traitement décoratif en ardoise véritable, exclusif à la finition Atelier Alpine. L’esprit Alpine est instillé intelligemment via un calfeutrage de moquettes et de tissus bleus disposés dans les bacs de porte et dans les caves. Un liseré bleu vient même habiller le bord des ceintures de sécurité. Le seul bémol notable concerne les plastiques durs et peu valorisants utilisés sur la partie basse de la planche de bord, autour de la boîte à gants, sous le bouton de démarrage et sur les bas des contreportes.
L’ergonomie générale force le respect. Le système multimédia OpenR Link avec Google intégré reste l’un des plus réactifs et intuitifs du marché. Les touches physiques essentielles, notamment pour la climatisation, ont été conservées. L’écran regorge de fonctionnalités pratiques, incluant le Play Store et ses dizaines d’applications dédiées. Une application « Dashcam » intégrée permet même d’utiliser les caméras du véhicule pour enregistrer l’environnement. Le menu véhicule, très souvent sollicité, permet d’accéder au Multisense, à la programmation minutieuse de la recharge électrique et au réglage des aides à la conduite. À ce sujet, le raccourci My Safety Perso, actionnable via un double appui sur un bouton à gauche du volant, est une trouvaille brillante pour désactiver instantanément les alertes intrusives non désirées. Nouveauté de cette version 2026, on profite d’un chargeur de smartphone à induction aimanté, évitant au téléphone de glisser lors de forts appuis en virage. L’immense console centrale, intégrant le repose-main coulissant, libère des espaces de rangement très généreux. La lumière baigne l’habitacle grâce à l’imposant toit vitré opacifiant Solarbay, capable de se teinter par paliers successifs.
Aux places arrière, le Rafale ne sacrifie pas l’accueil sur l’autel du design coupé. La garde au toit est excellente, permettant à des adultes de plus de 1,80 m de voyager confortablement. Le rayon aux genoux est très généreux avec 30,2 cm d’espace disponible. L’assise de la banquette se montre toutefois un peu ferme. Le véritable atout de cette seconde rangée est le fameux accoudoir central Ingenius. Une fois déployé, il dévoile deux porte-gobelets, deux ports USB-C et d’astucieux supports pivotants permettant d’accueillir des smartphones ou des tablettes pour regarder un film. Seul regret pour un véhicule à vocation parfois présidentielle, l’absence cruelle d’une climatisation tri-zone.
Le hayon motorisé s’ouvre sur un coffre dont le volume a subi les contraintes de la motorisation. En raison de l’implantation du moteur électrique arrière et de la grosse batterie de 22 kWh, la capacité de chargement oscille entre 539 et 1826 litres, contre 627 à 1900 litres pour la version 200 ch. Si ce volume reste convenable pour une famille, l’aspect pratique est en retrait. Aucun espace sous le plancher ne permet de ranger le sac de câbles de recharge et le rabattement des dossiers ne libère malheureusement pas de surface totalement plane.
Au volant
Sous le capot, le bloc thermique de base est le même trois cylindres 1,2 litre que la version 200 ch, mais il a été sérieusement revu. L’intégration d’un nouveau turbocompresseur plus volumineux porte sa puissance thermique à 150 ch et son couple à 230 Nm. Mais la véritable magie de cette version Plug-In Hybrid réside dans sa propulsion électrique. Le véhicule abrite trois moteurs électriques : un bloc principal de 70 ch à l’avant, un moteur secondaire de 34 ch chargé des synchronisations de boîte et du démarrage et surtout, la pièce maîtresse, un moteur de 136 ch implanté sur l’essieu arrière. C’est cette architecture qui offre au Rafale sa transmission intégrale et sa puissance cumulée redoutable de 300 ch. La boîte de vitesses automatique multimode à crabots a été renforcée pour digérer ce surplus de puissance.
Dès les premiers kilomètres, l’environnement de conduite dévoile ses qualités et ses limites. La position est excellente, mais la visibilité périphérique souffre de l’épaisseur des montants A et de l’imposante taille des rétroviseurs. L’insonorisation globale réalise de belles performances, isolant parfaitement des bruits aérodynamiques à vitesse autoroutière. Cependant, les grosses montes de 21 pouces engendrent logiquement des bruits de roulement audibles sur bitume granuleux. Du côté des moteurs, les phases 100 % électriques sont un havre de paix, bien que l’on note un léger sifflement du moteur électrique lors des décélérations à basse vitesse. Le bloc thermique, en revanche, se fait un peu trop entendre lorsqu’il monte en régime pour recharger la batterie. Fort heureusement, en usage hybride classique, les transitions entre l’électrique et le thermique demeurent d’une fluidité remarquable.
En milieu urbain, la maniabilité de cet imposant SUV est bluffante, grandement aidée par le système 4Control Advanced. Les roues arrière directrices offrent un diamètre de braquage extrêmement court de 10,4 mètres, facilitant toutes les manœuvres. Les caméras à 360 degrés épaulent le conducteur, même si la définition des vues focalisées sur les jantes mériterait une qualité supérieure pour éviter de frotter les fragiles jantes de 21 pouces.
L’interface de la console centrale propose trois modes d’énergie principaux : Hybride, EV (100 % électrique) et le crucial mode E-Save. Particularité de ce Rafale, il ne démarre pas systématiquement en mode EV pur, mais en mode Hybride qui privilégie largement l’électrique si la charge est suffisante. La nouveauté 2026 est l’apparition d’un mode de conduite Smart, qui bascule automatiquement entre les paramètres Eco, Confort et Sport selon l’analyse en temps réel du style de pilotage.
Le confort de roulage est intrinsèquement lié à la nouvelle suspension active avec caméra prédictive. L’amortissement peut être personnalisé via l’application Dynamic Chassis ou le Multisense. En mode « Confort » de base, le traitement des irrégularités est moelleux, mais engendre d’importants mouvements de caisse, balotant les passagers. Le remède idéal se trouve dans le mode Dynamique, qui raffermit très légèrement la suspension, gomme instantanément les mouvements parasites et préserve un excellent niveau de confort quel que soit le revêtement.
L’efficience des 300 ch est conditionnée à la charge de l’imposante batterie de 22 kWh. En pleine capacité, les accélérations sont vives et franches, avec un 0 à 100 km/h expédié en 6,4 secondes et de formidables relances de 80 à 120 km/h en seulement 4 secondes. En mode 100 % électrique, il est possible d’actionner le mode Sport pour gagner en réactivité (+24 ch). L’architecture Plug-In Hybrid implique tout de même une spécificité technique à garder à l’esprit : vider totalement la batterie (et surtout sa réserve de puissance allouée) ampute le potentiel de l’engin, laissant le 3 cylindres de 150 ch se débrouiller seul face aux deux tonnes du véhicule. Fort heureusement, ce phénomène reste très occasionnel et ne survient que dans des circonstances particulières, comme une longue ascension de col continu sans phase de régénération. Pour anticiper et solutionner ce cas de figure, le mode E-Save est l’outil tout indiqué. Toutefois, sa gestion par Renault s’avère discutable : il sauvegarde seulement 25 % de batterie si vous roulez en mode Confort, contre 40 % en mode Sport. Une logique assez curieuse, sachant que l’on aborde généralement les liaisons routières en mode Confort avant d’attaquer les virages, ce qui limite de fait la réserve d’énergie disponible au moment précis où l’on souhaiterait profiter pleinement des 300 ch.
Le dynamisme en courbe est le point d’orgue du travail d’Alpine. Le système 4Control inscrit le train avant avec une aisance déconcertante. Passé 70 km/h, le transfert du couple vers l’essieu arrière se ressent distinctement sur le moniteur d’énergie. La transmission intégrale apporte une stabilité imperturbable, collant le Rafale à l’asphalte, même lorsque le mode Sport durcit drastiquement la suspension. La prise de roulis est quasi annihilée. Toutefois, la physique reste implacable dans les épingles très serrées, où la lourdeur du train avant se manifeste, couplée à une pédale de frein manquant cruellement de mordant initial. Le Rafale Atelier Alpine revendique ainsi un comportement de SUV Grand Tourisme d’une efficacité redoutable et ultra sécurisant, mais n’est pas la sportive radicale que certains passionnés du Losange espéraient.
Budget
Le passage à l’hybridation rechargeable s’accompagne d’un lourd bilan pondéral, mais les consommations demeurent étonnamment maîtrisées. Sur un parcours mixte mêlant agglomération et routes secondaires à 80 km/h, batterie déchargée en fonctionnement hybride simple, la moyenne s’établit à un excellent 5 l/100 km. À 110 km/h, la barre des 7 litres est franchie, tandis que l’autoroute à 130 km/h requiert entre 8 et 9 l/100 km. Des valeurs très correctes face au gabarit de la bête.
Concernant l’autonomie en mode 100 % électrique, les promesses de Renault, qui annonce jusqu’à 105 km, sont atteignables en milieu purement urbain, où nous avons frôlé la barre des 100 km. L’autonomie chute aux alentours de 65 km à 130 km/h. Avec un généreux réservoir de 55 litres, l’autonomie totale cumulée approche effectivement le cap symbolique des 1 000 kilomètres. Côté recharge en revanche, l’équipement déçoit. Le chargeur embarqué culmine à 7,4 kW en courant alternatif (prise Type 2), nécessitant 2h55 pour une charge complète sur une Wallbox 32A. L’absence totale de port CCS limite l’usage de la recharge rapide lors des longs trajets.
Côté tarification, cette vitrine technologique exige un solide budget. Si le Rafale Hyper Hybrid 4×4 de 300 ch débute à 55 750 € en finition Esprit Alpine, notre modèle Atelier Alpine réclame 60 250 €. Enfin, la très exclusive série limitée Hypnotic coiffe la gamme à 63 550 €. Un positionnement tarifaire audacieux pour Renault, qui affronte directement des concurrents comme le récent Cupra Terramar VZ e-Hybrid de 272 ch, affiché autour de 59 000 €. Le Rafale conserve pour lui l’avantage technologique de ses quatre roues directrices.










