Le ton monte à Bruxelles. Le 5 mars dernier, le conseil d’administration de l’ACEA (l’Association des Constructeurs Européens d’Automobiles), présidé par Ola Källenius (Mercedes-Benz), s’est réuni pour lancer un avertissement solennel : si le futur « pack automobile » européen n’est pas renforcé et assoupli, l’industrie risque le décrochage industriel et des amendes records.
Le constat : Le marché électrique ne progresse pas assez vite
L’ACEA ne remet pas en cause l’objectif de décarbonation, mais pointe une déconnexion entre les ambitions politiques et la réalité du marché. Pour respecter les objectifs de 2030, les ventes de voitures électriques (BEV) devraient tripler en seulement quatre ans. Or, en janvier 2026, la part de marché des électriques plafonnait à 19,3 %.
Sans un coup de pouce massif, les constructeurs européens font face à un risque d’amendes « paralysantes » qui amputeraient leurs capacités d’investissement au moment même où la concurrence mondiale (Chine en tête) s’intensifie.
Les 3 exigences phares des constructeurs
Pour éviter le mur, l’ACEA demande à l’Union Européenne d’intégrer trois leviers de flexibilité dans son nouveau cadre réglementaire :
-
L’étalement des objectifs : Prolonger la période de lissage des émissions (averaging) de 3 à 5 ans (période 2028-2032) pour donner de l’air aux industriels.
-
L’élargissement des bonus : Étendre les mécanismes de compensation au-delà des seules « petites voitures électriques fabriquées en UE ».
-
Un traitement spécial pour les utilitaires : Le marché des fourgonnettes est jugé « précaire ». L’ACEA demande de ramener l’objectif de réduction de CO2 pour les utilitaires à 35 % en 2030 (au lieu des chiffres actuels) et 80 % en 2035.
Cette sortie de l’ACEA illustre l’immense pression qui pèse sur les constructeurs. Si l’Europe veut maintenir son leadership, elle doit choisir entre une écologie punitive (via les amendes) ou une écologie incitative (via des infrastructures de recharge plus denses et des prix d’énergie plus bas). Le risque de désindustrialisation est réel : Ola Källenius a été clair, sans flexibilité, c’est l’emploi et l’innovation qui paieront la facture. Est-ce que cet avertissement portera t-il ses fruits ? Espérons-le…







